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Cours de français en ligne (par B. MIRGAIN)

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Bernard.Mirgain@ac-nancy-metz.fr

Mise en ligne de cours de français. Aide gratuite pour les élèves.

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La censure au siècle des Lumières

La censure au siècle des Lumières

Censure et triomphe des Lumières au siècle de la Révolution

Le XVIII, siècle, qu'une tradition littéraire, scolaire et universitaire présente souvent comme le siècle des « lumières », voit pourtant se renforcer une censure qui n'épargne ni les philosophes ni les hommes de lettres, pas plus que les éditeurs ou les simples colporteurs qui risquent l'emprisonnement ou les galères, pour délit d'expression. A une époque où les tirages n'excèdent guère deux mille exemplaires, où la production littéraire se limite à la publication d'une trentaine de romans, où les cinq mille souscripteurs de l'Encyclopédie du libraire Le Breton déboursent 280 livres, soit le salaire annuel d'un ouvrier agricole, pour acquérir les premiers volumes (le prix total dépassera 950 livres), une censure ourdie dans les coulisses du parti dévot, représenté par Palissot et Fréron, sous l'égide de grands seigneurs comme Choiseul, s'acharne contre les philosophes Montesquieu, Diderot, Voltaire, Rousseau. Les théologiens, ces « arlequins anthropophages », comme les désignait Voltaire, multiplient les saisies, les refus d'impression, les blâmes, les condamnations par la Sorbonne, les autodafés, les emprisonnements arbitraires... renouvelant ainsi les pratiques inquisitoriales du XVIIème siècle qui avaient permis, entre autres, la mise à l'Index des Essais de Montaigne en 1676.

Une lettre de Diderot, adressée à Falconet en 1768, résume à elle seule le despotisme et l'obscurantisme du siècle « L'intolérance du gouvernement s'accroît de jour en jour ; on dirait que c'est un projet formé d'éteindre ici les lettres, de ruiner le commerce des libraires et de nous réduire à la besace ou à la stupidité. Tous les manuscrits s'en vont en Hollande, où les auteurs ne tarderont pas à se rendre. »
Paul Henri Dietrich, baron d'Holbach (1723 - 1789) condamnait dans son ouvrage « Le christianisme dévoilé » l'idée d'un artisan divin présidant au bonheur des individus et des peuples : « La religion est l'art d'enivrer les hommes de l'enthousiasme, pour les empêcher de s'occuper des maux dont ceux qui les gouvernent les accablent ici-bas. A l'aide des puissances invisibles dont on les menace, on les force de souffrir en silence les misères dont ils sont affligés par les puissances visibles » (voir aussi Pierre Naville, « D'Holbach et la philosophie scientifique au XVIIIème »). Le combat intellectuel des philosophes contribua au bouillonnement des idées révolutionnaires que Michelet attribuera, bien à tort, à une nouvelle boisson consommée dans les salons : le café.
Palissot et Fréron ne ménagent pas leurs talents de calomniateurs, rappelant les origines étrangères d'Holbach, accusant les « cosmopolites » de trahison, en pleine guerre de Sept Ans. Deux siècles plus tard, Claudel et de nombreux universitaires entretiendront, bien mal à propos, l'image du «bagne matérialiste» de la synagogue holbachique...

Dès 1748, dans L'Esprit des lois, Montesquieu prend la défense de la cause anti-esclavagiste. Voltaire réclame l'abolition de la torture et lutte contre le fanatisme religieux. Helvétius, dans De l'esprit, dénonce l'esclavage des Noirs. Dès 1786, Condorcet réclame une Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, l'abolition de l'esclavage, le droit de cité pour les femmes. Rousseau multiplie les diatribes contre le despotisme, les inégalités qui fondent la société civile.

En 1716, les Ecrits satiriques de Voltaire contre le Régent valent à son auteur un exil forcé. L'année suivante, une épigramme en latin le mène à la Bastille ; une dizaine d'années plus tard, Voltaire est une nouvelle fois expédié à la Bastille, puis exilé en Angleterre sur ordre d'une lettre de cachet... suite à une algarade avec le duc de Rohan, lequel avait fait, dans les cuisines, bastonner Voltaire. Ce dernier allait pouvoir démontrer l'immense stupidité des inquisiteurs de tout poil, dont l'adage était « Vexatio dat intellectum ». A cause des Lettres anglaises, Voltaire s'exile en Lorraine. Une édition clandestine des Lettres philosophiques provoque une lettre de cachet : l'imprimeur est conduit à la Bastille, le livre condamné au feu par le Parlement.
En 1737, le chancelier d'Aguesseau refuse le privilège de l'impression pour tous les romans. En 1739, Buffon connaît le blâme pour avoir contredit La Genèse dans son Histoire naturelle. La même année, Diderot est incarcéré au château de Vincennes à cause de sa Lettre sur les aveugles à l'usage de ceux qui voient, dans laquelle il stigmatise les dogmes constitués et le fanatisme religieux.

Le 15 juin 1754, L'Esprit des lois de Montesquieu est censuré par la Sorbonne. En août 1758, De l'esprit d'Helvétius est supprimé ; cet ouvrage soulève une tempête de protestations du parti clérical : il est livré au bûcher par le procureur Joly de Fleury. En 1759, le Conseil d'Etat interdit la vente des volumes du Dictionnaire philosophique de Voltaire et condamne les libraires à rembourser tous les souscripteurs.
En 1760, Diderot écrit La Religieuse, dont la première publication sera attendue jusqu'en 1796... Le Neveu de Rameau, du même Diderot, ne sera pas publié de son vivant. En 1760, Palissot livrait son auteur à la vindicte publique en dénonçant son cosmopolitisme... Palissot, sous le Consulat, jouera encore un rôle influent. C'est Goethe qui, en Allemagne, traduira Le Neveu de Rameau en 1805. La France devra attendre 1891 pour une véritable première édition.

En 1762, c'est l'Émile de Rousseau qui est condamné ; sa Profession du vicaire savoyard lui vaut un décret du Parlement de prise de corps et un exil en Suisse. Le 1er juillet 1766, le chevalier de La Barre est torturé, décapité, brûlé pour n'avoir pas salué une procession et avoir rendu « respect à des livres infâmes » dont le Dictionnaire philosophique de Voltaire.

Le roman épistolaire de Laclos, Les Liaisons dangereuses, porte le nom d'une ville fictive, censure oblige ; il sera condamné à la destruction après le retour de la monarchie, en 1823. On peut dire, en paraphrasant la maxime diderotienne, que la censure et la terreur, à la veille de la Révolution, n'ont pas manqué un seul jour à leur poste de sentinelle.

L'Encyclopédie

Au XVIIIème siècle, les dictionnaires techniques, scientifiques, comme celui de N. Duval, font fureur, en particulier outre Manche. Le libraire Le Breton demande à Diderot de diriger la traduction du Dictionnaire universel des arts et des sciences de Chambers, après avoir obtenu le privilège du Roi en 1748. Très vite, avec Diderot et d'Alembert, l'ouvrage le plus célèbre du siècle prend une tout autre allure que la Cyclopedia d'E. Chambers. Entre 1751 et 1772, cette entreprise rassemble cent cinquante collaborateurs, quatre librairies et plus de mille ouvriers.
Voltaire, Montesquieu, Rousseau, Duclos, Marmontel, Condillac, d'Holbach, Du Marsais, Turgot contribuent à cette œuvre monumentale et luxueuse qui attire, dès le début, plus de cinq mille souscripteurs, recrutés principalement dans la noblesse, acquise en partie aux idées philosophiques des Lumières. Ces souscripteurs fréquentent les salons ou les parlements, appartiennent pour la plupart au corps des fonctionnaires ou des prêtres, dans l'entourage même du Roi. Dès la publication du premier volume, les jésuites s'acharnent à sa condamnation : en février 1752, le Conseil d'Etat interdit la vente et l'édition de l'Encyclopédie.

Grâce au soutien du comte d'Argenson et du directeur de la Librairie, chef de la censure, Malesherbes, l'impression reprend, avec l'accord tacite du gouvernement, sous le nom d'un éditeur suisse. Les livraisons s'opèrent à la tombée de la nuit, dans un faubourg de Paris. Des censeurs examinent les manuscrits. Le parti dévot ne désarme pas. Exaspéré, Voltaire cesse le 26 juin 1758 sa collaboration à l'Encyclopédie; il s'en explique : « C'est bien dommage que, dans tout ce qui regarde la métaphysique et même l'histoire, on ne puisse pas dire la vérité. (... ) On est obligé de mentir et, encore, est-on persécuté pour n'avoir pas menti assez. »

D'Alembert, lui aussi, se retire de l'entreprise. Cependant, les souscripteurs, très nombreux et très influents aussi, réclament... L'Encyclopédie connaît donc une impression clandestine, comme nombre d'ouvrages. En effet, les volumes imprimés à Paris devaient être accompagnés du privilège du Roi, délivré par la censure. Les volumes suivants de l'Encyclopédie portèrent sur le titre l'indication de Neuchâtel, en Suisse. Ils continuaient d'être imprimés à Paris, mais ils étaient envoyés en province, d'où ils revenaient à Paris avec le timbre du colportage et pouvaient donc circuler plus librement, puisqu'ils faisaient l'objet d'un examen, cette fois, plus sommaire.

La publication de l'Encyclopédie tourne une page de notre histoire ; comme le soulignait Locke, tout s'apprend dans les livres. L'apologie de la science se substitue à la dévotion et à l'obéissance aux dogmes. Le dictionnaire raisonné remplace désormais les Ecritures et leurs spéculations métaphysiques. L'Encyclopédie annonce le positivisme du XIXème siècle : les sciences expérimentales, nous enseignent Locke, Newton, doivent se fonder sur les faits et non sur un dogme. Ce danger, la censure ecclésiastique l'avait bien senti : on ne demande plus à l'Eglise, désormais, ni leçons de morale ni leçons de politique. Avec l'Encyclopédie, on assiste au renversement du monde leibnizien, des dogmatismes providentiels. La révolution de 1789 renversera tout le reste.

A la veille de la Révolution, les premiers journaux quotidiens font leur apparition. Le 26 août 1789, l'Assemblée constituante vote la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen qui stipule, dans ses articles 1 0 et 11 :

« 10 - Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses... »

« 11. - La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement... »

En 1793, un décret en faveur des écrivains reconnaît la propriété littéraire. La Convention, sous l'influence de Condorcet et de Lakanal, réorganise l'enseignement, préconise la création d'écoles primaires gratuites, crée la Bibliothèque nationale, les écoles supérieures, etc. Diderot, préfaçant l'Encyclopédie, avait écrit : « Cet ouvrage produira sûrement, avec le temps, une révolution dans les esprits et j'espère que les tyrans, les oppresseurs, les fanatiques et les intolérants n'y gagneront pas. Nous aurons servi l'humanité». Sans doute, les philosophes du XVIII° siècle ont-ils imposé la loi de l'esprit. Renan l'avait bien compris, lorsqu'il écrivait dans son Essai de morale et de critique : « Ce qui fut proclamé en 1789, ce fut l'avènement de l'humanité à la conscience. » Les révolutionnaires de 1789 allaient affirmer les choix de la nouvelle république : « Liberté - Egalité - Fraternité », qui n'appartiennent pas seulement à notre passé. Citons encore Victor Hugo : «L'histoire de la révolution est l'histoire de l'avenir. La révolution a conquis de l'avant. Il y a dans ce qu'elle nous a apporté encore plus de terre promise que de terrain gagné. »

Travail personnel de l'auteur, Bernard Mirgain



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#Posté le lundi 07 février 2011 08:45

Modifié le dimanche 13 février 2011 02:48

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Estelle, Posté le dimanche 11 décembre 2011 07:45

Merci pour ton article m'a aussi été utile pour une dissertation. Pour répondre à ta question Juliette, les moyens utilisé pour contourner la censure était l'utilisation de l'ironie, ou l'impression à l'étranger pour certains philosophes comme Voltaire ou Montesquieu !


Juliette, Posté le dimanche 16 octobre 2011 08:01

Merci beaucoup, votre blog m'a été trés utile pour mon exposé.
Le seul petit point négatif est que il n'y a pas d'informations sur les moyens utilisés par les ecrivains pour contouner la censure de l'époque.


Sérena, Posté le dimanche 27 février 2011 08:30

Génial, très utile! Merci beaucoup!


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